Pour célébrer les 44 ans de ce style musical né dans le Bronx dans les années 70


  • Aug. 12, 2017, 12:02 p.m.

  • (Source: 20 minutes)

    Un doodle qui vaut son pesant de vinyles ! Google célèbre ce vendredi l’anniversaire de ce qui est considéré comme la première fête hip-hop avec un logo personnalisé par le célèbre graffeur Cey Adams, des platines interactives sur lesquelles les utilisateurs peuvent mixer des samples de titres légendaires, utilisés par les pionniers du rap. Pour vous accompagner dans cette expérience, la voix d’une icône du hip-hop, Fab 5 Freddy, l’ancien animateur de Yo ! MTV Raps.

    La « Kool Herc Party »

    Le 11 août 1973, alors que tout New York se déhanche dans les paillettes du disco, des jeunes du Bronx se rendent dans une fête, organisée par Cindy Campbell à l'occasion de son anniversaire, au 1520, avenue Sedgwick à New York, dans ce qui est communément appelé le Boogie Down Bronx.

    L’entrée coûte 25 cents pour les filles, 50 pour les garçons. Au bar, Cindy Campbell vend sodas, bières et whisky achetés en gros. Elle compte sur cet argent pour se payer des sapes fresh repérées dans une boutique du Lower East Side. Pour la musique, Cindy Campbell compte sur son grand frère, Clive, un gaillard de plus d’un mètre quatre-vingt-dix, qui se fait déjà appeler Hercules ou Kool Herc. « A cette époque les gangs terrorisaient les fêtes. On a demandé si on pouvait en organiser une », se rappelle DJ Kool Herc, dans le documentaire Hip-Hop Evolution, disponible sur Netflix.


    Cindy Campbell loue une salle au rez-de-chaussée d’un immeuble délabré : « L’endroit pouvait contenir que 40 ou 50 personnes au plus. J’avais des caisses à lait. Pas de chaises, rien que des caisses, et mes amis s’éclataient », poursuit-il.

    D’origine jamaïcaine, Kool Herc a été biberonné au sounds systems, ces fêtes de rues apparues dans les ghettos de Kingston, sa ville natale, dans les années 1940. Arrivé à 12 ans dans le Bronx à New York, il se construit sa réputation de DJ en passant un mélange de soul et de funk.


    L’invention de la technique du « break beat »

    Le soir du 11 août 1973, à 21 heures, il ne sait pas encore qu’il donne la première block-party de l’histoire du hip-hop. Jusqu’à 4 heures du matin, il enchaîne les vinyles. Dans sa playlist, du James Brown, bien sûr, mais aussi, Jimmy Castor Bunch, Babe Ruth (The Mexican), Dennis Cofey (Scorpio), The Incredible Bongo Band, Edgard Winter Group, Baby Huey ou Cymande.


    Pendant son set, il décide de faire quelque chose de différent : au lieu de jouer pleinement les titres de soul et funk, il ne joue que ses sections instrumentales, ce qu’on appelle les break-down, où tous les instruments disparaissent à l’exception des percussions et parfois de la basse. Herc met aussi au point la technique du « Merry go round » (le manège) dont le principe est de passer alternativement de l’un à l’autre des deux exemplaires d’un même disque, de façon à répéter le passage du break de batterie. Herc invente donc la technique du break beat, et avec elle, la boucle ou le sampling manuel. Bref, la base musicale du hip-hop.


    Si l’ambiance est particulièrement électrique ce soir d’août 1973, c’est parce que Kool Herc n’est pas seul pour mettre l’ambiance, un équipier tient le micro, Coke La Rock. « Il y avait des gens du quartier, Herc passe la musique, et tout le monde danse. Le premier coup, j’ai pris le micro, je gueulais les noms de mes potes pour les saluer. On avait Easy Al, Step from the Joint, Paradise, Reggie Reg. Je faisais des trucs du genre : "Yo, Reggie, bouge ta tire. T’es garé en double file" avec du peps », se souvient Coke La Rock, le premier MC de l’histoire. Sur la piste, les danseurs se déchaînent sur les breaks, les premiers B-boys.


    La soirée est une réussite. Cyndi Cambell a sa garde-robe, la notoriété de Kool Herc et Coke La Rock, installée dans le Bronx. « Après ça, ça ne s’est plus arrêté. On est passé de 50 personnes à 100, de 100 à 500… Tout le monde venait à nos fêtes », se souvient Coke La Rock. Block-party, break, rap et breakdancers, la locomotive hip-hop était née ! Un train dont Herc Kool a été brutalement éjecté en 1977 : à la sortie d’une de ses soirées, le pionnier du rap s’est pris trois coups de couteau, qui, sans le tuer, l’ont éteint. C’est son apport considérable à la musique qui est fêté ce vendredi par Google. A vos platines !